Jeudi 3 décembre 2009
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Par desinvolt
Interrogations sur un texte quelque peu méconnu et probablement déconsidéré de "l’homme
aux semelles de vent", soulevant d’autres questions quant à l’influence de François Villon sur l’oeuvre d’ Arthur Rimbaud.
PAR Michel P
Rédac'notteur sur www.desinvolt.com
Ou le mystère continue d’accompagner le fantôme d’Arthur Rimbaud...
Certains documents peuvent sembler secondaires au sein de l’œuvre d’un auteur mythique. En Mai 1870, concomitamment à l’écriture d’un paquet de ses premiers chefs-d’œuvre (Sensation, Ophélie), le
jeune Jean-Nicolas dit Arthur Rimbaud répond à la commande de son complice professeur de lettres, Georges Izambard, par la rédaction d’une « lettre de Charles D’Orléans à Louis XI pour la grâce de
François Villon ». A ces fins, le susnommé Izambard (à peine son aîné de dix ans), lui a prêté les œuvres complètes du malandrin poète... Je regrette de n’avoir point trouvé ce texte disponible sur
internet, mais vous invite à fouiner dans quelque bibliothèque ou à dépoussiérer certains rayonnages de la vôtre, afin de lire ou relire ce merveilleux petit devoir de classe. Ecrit en vrai faux
vieux françois, Rimbaud y fait montre d’une connaissance claire et nette, tant de la langue de Villon que de son histoire ! Il faut savoir (c.f. les biographies existantes de maîstre Villon, dont
je ne saurais mieux vous conseiller que celle écrite par Jean Teulé, Je, François Villon) que le dit sieur de Montcorbier, alias Villon, après un court stage délétère à la cour du « bon » roi René
d’Anjou, résida longuement chez le grand despote éclairé qu’était Charles d’Orléans, le seul avec Louis XI, à avoir perçu l’entendue de son génie, avant que de lui chouraver quelques de ses plus
beaux bouquins enluminés (et oui ! C’était pas un tendre !) et de finir dans les geôles d’un évèque à Meung-sur-Loire.
Déjà, après quelques mois de torture, on peut présumer que c’est Monsieur le onzième qui l’en sortit, avec pour bel argument que là où lui unissait la France, et donnait enfin suite à l’idée de
nation que Jehanne, enfant, lui inspira, Villon unissait le français. Ensuite, Villon finit une nouvelle fois engeôlé au Chatelet ! Pour une histoire ridicule... Mais là, c’était les fourches
patibulaires de Montfaucon qui l’attendaient. Une fois de plus, Louis XI le gracia, ou plutôt, commuta sa peine en interdiction de séjour à Paris. C’est ainsi que comme par enchantement, disparut
de l’histoire de France le personnage de François Villon, sans que nul ne put jamais savoir ce qu’il devint. Je pense ne m’avancer que peu en affirmant l’impact qu’eut sur le jeune Arthur Rimbaud,
cette épopée et les vers l’accompagnant. Preuve en est ce fameux devoir de classe... Ce n’est pas un travail banal ! C’est un programme : Rimbaud y annonce ce qu’il veut et ce qu’il va être !
Il est inéluctablement perclus de la même nomomanie que son précurseur, et plus j’y repense, plus je crois qu’après Baudelaire, il est allé puiser aux sources du maître les ingrédients de sa
radieuse révolution du verbe. Je ne peux ni n’ai envie de vous recopier ici l’intégralité de ce texte. Néanmoins, je me dois de faire écho à sa dernière et si longue et si belle phrase, si tant
emplie de tous les sens qui vous y saurez trouver, et d’appétence à lire ce qui la précède :
« Sire, ce serait vraiment méfait de pendre ces gentils clercs : ces poètes-là, voyez-vous, ne sont pas d’ici-bas : laissez-les vivre leur vie étrange ; laissez-les avoir froid et faim,
laissez-les courir, aimer et chanter : ils sont aussi riches que Jacques Cœur, tous ces fols enfants, car ils ont des rimes plein l’âme, des rimes qui rient et qui pleurent, qui nous font rire ou
pleurer : Laissez-les vivre : Dieu bénit tous les miséricords, et le monde bénit les poètes. »
Arthur Rimbaud, Mai 1870
Ô Dieu, que j’aime cette phrase !
N.B. Lorsqu’il a écrit ce texte, Arthur Rimbaud avait quinze ans et demi. Dans Roman ("on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans"), écrit peu après, il triche avec son age, se vieillit !
Chose confirmée par le même mensonge dans sa lettre au poète Théodore de Banville, dans laquelle apparaissent ses deux premiers poèmes mythiques, Sensation (non encore titré) et Ophélie.
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