Jeudi 3 décembre 2009
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Par desinvolt
Je me baladais sur l’avenue, le cœur ouvert à l’inconnu, j’aurais dit bonjour à n’importe qui... si j’avais été Joe Dassin. Mais je suis assez rétif aux manifestations outrancières de joie de vivre
même s’il faut avouer que je n’étais pas spécialement de mauvaise humeur ce jour là , malgré ce temps gris morne d’usine en grève un soir de novembre qui barbouillait le ciel bourguignon. Jetant de
temps à autres un œil dépourvu d’intérêt sur les vitrines de boutiques que jamais n’honorera ma présence, je terminai ma tribulation à la fnac. Parce que oui, figurez vous que Dijon possède une
fnac, indice flagrant de civilisation je trouve. Pas vous ? Quoiqu’il en soit, perdu parmi les rayonnages à la recherche éperdue d’un temps qui fuit, à l’instar de ma chasse d’eau, je terminai ma
course sans avoir rien trouvé d’autre qu’une demie heure gâchée à ne rien foutre.
Et c’est en sortant de ce temple moderne que je fus abordé, alpagué dirais-je même, par une créature qui, à défaut de sortir de l’enfer, sortait de la rue de la Liberté. Parce que oui, figurez vous
que Dijon possède une rue de la Liberté, indice flagrant d’originalité je trouve. Pas vous ? Bref, la créature mesurait à peu près un mètre soixante-dix, en talons car c’était une gonzesse, avait
une belle chevelure noire et des yeux à l’avenant. Et d’ailleurs l’ensemble de sa personne l’était, avenante, enfin m’a t-il semblé, parce que nous étions si près l’un de l’autre que je ne pus voir
son cul et qu’il eut été impoli de mater ses seins. Parce que oui, je suis très bien élevé, et je vous emmerde. Puis la gourgandine demanda " auriez vous un peu de temps à me consacrer ?". "Oh
comment pourrais-je refuser pareille demande formulée par si jolies lèvres ourlées". Ça c’est que j’aurais dit si j’avais été poète, arrogamment sûr de moi, ou connement ringard. Je me contentai
prosaïquement d’un " ben euh, ça dépends", nettement moins classe, certes. Elle m’avoua alors ses intentions qui étaient de me voir répondre à un sondage. " Oui bon mais cinq minutes alors" dis-je,
" dix au plus" ajoutai-je au vu de son regard . Le fameux regard par en-dessous, dont toutes les femmes connaissent le pouvoir, y comris Susan Boyle. Le regard qui dit " ça me ferait tellement
plaisir que ..." ou "je suis tienne, mon grand loup" ou encore "prends moi là maintenant", j’arrête ça m’excite.
Je rêvai dans les grandes largeurs, naviguai sur les courbes de ses joues pleines , et le questionnaire commença. " Quel age avez vous" demanda t-elle abruptement . J’hésitai un instant. Zut, quel
age ai-je donc ? Ce n’est pas si simple, j’ai à peine le temps de me faire à une année de plus, que déjà mon anniversaire revient. Je bafouillai donc " euh, trente...quatre, cinq. pffft . Non
six... trente-six" balançai-je finalement. Et je crois bien qu’un air pincé, derrière le masque d’impassibilité qui m’est coutumier, tartina quelque peu ma gueule lorsque la réponse vint.
Je suis désolée, la limite du sondage c’est trente-cinq ans.
Par Philippe Réguillon
Rédac'notteur sur le site
www.desinvolt.com
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