Samedi 5 décembre 2009 6 05 /12 /2009 16:05
- Par desinvolt
Ils sont dessinateurs, peintre, graffeurs… Leur support de prédilection : la peau. Car c’est bien dans la chair que
leur art s’exprime, que leurs oeuvres s’impriment. Regards sur un évènement du genre : le Tattoo Art Fest à travers
l’objectif de Francis Beddok.



INTERVIEW ATMOSPHERIQUE DE FRANCIS BEDDOK

A travers la troisième édition du Tattoo Art Fest, réunion annuelle internationale du tatouage qui a eu lieu en septembre dernier, Françis Beddok, photographe amateur passionné par l’Art de la rue (entre autres), « aimeur » d’émotions, décrypte pour nous en images cet univers particulier des tatoueurs dans lequel il s’est immergé déjà à plusieurs reprises.

Quel rapport s’instaure entre l’Artiste et son client lors d’une séance ?

D’abord un rapport d’immense confiance entre un artiste et son client.
Confiance dans le choix qu’on vient de faire de graver sa peau à jamais (ou presque…), confiance dans le choix de l’artiste-tatoueur. Celui qui correspondra le mieux à sa personnalité et à sa sensibilité. D’autant que les tatoueurs ne sont pas des « copistes », qui seraient capables de copier n’importe quel motif. Eux aussi doivent « sentir » ce qu’ils vont marquer à jamais sur une peau souvent inconnue.

Quasiment tous les tatoueurs professionnels, même capables des pires délires graphiques, ont un code d’honneur largement partagé : ne pas tatouer de signes apologiques du nazisme (même si cela est parfois contourné, le numéro 88 en est un exemple parmi d’autres), d’appels à la haine ou à la pédophilie, par exemple.

Sachant qu’une séance dure plusieurs heures et peut s’étaler sur plusieurs mois (c’est le cas des grandes pièces où les couleurs s’ajoutent progressivement), il faut que la relation établie soit stable et les jalons posés dès le départ : choix d’un motif, préparation de la pièce à dessiner et de son emplacement. Certains tatoueurs proposent des tatouages éphémères, à base d’encres spéciales, qui permettent au futur tatoué de « sentir » son tatouage. D’autres travaillent longuement sur des calques.
C’est particulièrement vrai lorsqu’ils ne sentent bien la « motivation » de leurs clients.
C’est aussi une relation d’intimité partagée. Autant par le motif choisi, qui signifie forcément quelque chose pour le futur tatoué que par l’emplacement du tatouage.




 
Cette réunion annuelle du Tattoo Art Fest permet à plus de 200 tatoueurs du monde entier d’œuvrer devant un public averti ou néophyte. Une communication s’établie-t-elle vraiment durant ce week-end ?

Oui, j’en suis convaincu ! Car même si l’ambiance est assez festive, bruyante et bon enfant, il y règne un niveau de professionnalisme et de concentration comme on en voit rarement sur un salon, surtout avec autant de « pointures » réunies sur un même lieu..
Beaucoup de visiteurs viennent au Tatto Art Fest pour tester leur envie, leur motivation à se faire tatouer, là, tout de suite parce qu’ils sont prêts ou bien plus tard, après avoir glané idées, motifs, bonnes adresses et tarifs.
D’autres viennent par pure curiosité ou accompagner quelqu’un qui veut se faire tatouer (j’ai fait toute une série sur les couples, un qui tient la main de l’autre pendant l’épreuve !).


Alors que les séances de tatouage se déroulent normalement  dans un lieu intime à l’abri des regards, cette réunion de septembre vous a donné l’occasion de « shooter » à loisir. En tant que photographe, qu’avez-vous cherché à saisir sur vos clichés ?

En tant que photographe, j’avais plusieurs objectifs.
D’abord shooter des tatouages exceptionnels car ces dessins, on les voit très rarement en d’autres occasions, notamment dans la rue où il est difficile de demander aux gens de se déshabiller, ne serait-ce que de baisser une bretelle de soutien-gorge ou lever un pull.
Il n’y a guère qu’à la Gay Pride que l’on peut photographier de très beaux tatouages et demander des poses. Ici, au Salon, non seulement les gens viennent « montrer » leurs œuvres mais en plus, font preuve d’une immense patience et d’une grande gentillesse face aux centaines de sollicitations photographiques. C’est à chaque fois ce qui me surprend et me plait le plus. J’essuie extrêmement peu de refus, même face parfois à des tatouages aux emplacements… très intimes !

Le salon agit comme un cocon protecteur, un lieu de confiance et c’est vraiment agréable (alors même que le droit à photographier se restreint partout)
Les seuls refus viennent quasiment toujours des fabricants et distributeurs de machines à tatouer car ils défendent l’exclusivité de leurs modèles.

Ensuite, je cherche la complicité, l’intimité entre le tatoueur et son tatoué. Les jeux de regards, les positions, les moments de détente, la fin d’un travail… C’est ainsi que j’ai réussi à capter des moments que je trouve beaux, beaucoup de portraits de personnes souriantes, complices de l’objectif. Et beaucoup de « work in progress », un tatouage du début à la fin…
Discuter avec les personnes, parfois avec le tatoueur quand il n’est pas trop concentré.
Saisir que se faire tatouer est d’abord un acte d’amour. Un acte d’amour à l’égard de soi, de sa peau et de son être (la psychanalyse est intarissable à ce sujet !), souvent acte d’amour à l’égard des autres.

Que vous a apporté artistiquement et personnellement ce week-end au sein du Tattoo Art Fest ?

Ces nombreuses heures passées à faire des milliers d’images m’ont permises d’avancer personnellement dans mon cheminement intime à l’égard du tatouage.
Et artistiquement, j’ai l’impression de m’être amélioré sur certains point de vue, technique, sur les cadrages, la gestion des lumières (je fais tout sans flash).
Un seul regret… l’année dernière, une grande partie de la Convention se tenait dans des pavillons éclairés en lumière naturelle, ce qui donnait des teintes magnifiques, notamment sur la peau, qui, on le sait, est un cauchemar à gérer pour beaucoup d’amateurs, comme moi….
Cette année, il s’est tenu exclusivement dans le grand pavillon central, entièrement couvert et éclairé artificiellement…

Mais dans tous les cas, ce fut un formidable moment à partager, d’un point de vue humain et artistique et j’ai déjà hâte d’aller à la prochaine convention !


REMERCIEMENTS A FRANCIS BEDDOK
POUR SES PHOTOS DU REPORTAGE ET LE TEMPS QU'IL NOUS A CONSACRE

SES SITES :

http://francis75.canalblog.com
http://paris-emoi.aminus3.com
http://www.flickr.com/photos/28414906@N00/


EN PLUS :




LE TATOUAGE

La redécouverte du tatouage pour les occidentaux  s’est faite à travers les peuples Maoris par James Cook, mais le marquage de peau existe depuis toujours, quelques 40000 ans avant notre ère Aujourd’hui le corps devient matière à  imposer son individualité et sa liberté. Tatouages et piercings s’affichent comme une identité propre. Sursignifier son corps, c’est un peu aussi échapper à l’anonymat, un moyen d’affirmer son existence aux yeux des autres…
La notion de liberté, en ayant la possibilité de  faire ce que l’on veut de son corps, est un message puissant, en prenant l’initiative de se faire tatouer l’être humain marque fortement son indépendance, sa signature. C’est aussi la raison pour laquelle, les jeunes sont les premiers consommateurs de tatouages. Une façon pour eux d’exprimer qu’il est temps de transformer le corps que leur ont « donné » leurs parents afin de se l’approprier vraiment.

La mémoire dans la peau. Un tatouage peut être aussi la retranscription artistique d’un évènement intime. L’homme donne une notion d’éternité à ce dessin (dessein) indélébile en gravant dans sa chair ce moment clé de son existence.
Le tatouage peut aussi se révéler comme protecteur pour la personne qui le porte. Une sorte de talisman, un dessin qui évoque pour elle l’énergie et la force, la chance. C’est alors une sorte de bouclier contre le sort, qui rassure d’un simple regard lors de moments de doute.


LES TATOUEURS

La profession de tatoueurs n’est pas reconnue, ils ont  le statut d’Artistes. Les professionnels choisissent le plus souvent de travailler en micro entreprise et optent pour un statut d'indépendant (profession libérale).
Leur métier est de réaliser des tatouages que le client choisit sur catalogue ou qui apporte son propre dessin, mais les tatoueurs proposent aussi des dessins personnalisés, des créations personnelles en adéquation avec la personnalité du client. … ces réalisations sont de préférence faites au préalable sur la peau ou sur un calque afin de présenter le motif au client qui pourra juger et émettre son accord.
Un professionnel du tatouage est avant tout un artiste, mais il a aussi un devoir de conseils préventifs et sanitaires, ne pas oublier qu’il s’agit ici d’un acte quasi-médical qui consiste à injecter de l’encre à 1 millimètre sous la peau. Une machine à tatouer, pique jusqu’à 3500 fois par minute.  Son devoir est donc d’informer le client sur le caractère indélébile du tatouage (même si de nouvelles techniques existent), sur le déroulement de la séance elle-même, sur les soins post création et surtout sur l’hygiène du matériel (et des locaux) utilisé : les aiguilles doivent être neuve et à usage unique, des gants et protections neufs sont aussi nécessaires.
Même si  leur activité n’est pas réglementée, les « bons » tatoueurs se doivent de respecter certaines règles éthiques liées à la profession, s’interdisant par exemple de tatouer les mineurs sans autorisation parentale, les femmes enceintes…




TATOUE MOI


Vous avez décidé de vous faire tatouer, choisi votre motif, la partie de votre corps que vous souhaitez enjoliver… Et tout ceci après mûre réflexion, car il n’y a rien de plus idiot que de se faire tatouer sur un coup de tête, parce qu’on a perdu un pari ou encore quelque autre lubie ! Mais certaines questions vous taraudent encore : la douleur, le prix, le fait que le tatouage puisse être totalement raté et les recours auxquels vous avez droit, l’hygiène et les risques (sida, hépatite…). N’hésitez pas à interroger les personnes de votre entourage qui se sont faites tatouer,   à prendre rendez-vous avec des professionnels en leur précisant que vous souhaitez les rencontrer à titre d’informations et de conseils. Et pourquoi pas saisir l’occasion d’un « rassemblement » de tatoueurs comme celle du Tattoo Art Fest pour trouver réponse à toutes vos questions.

UN SITE A VOIR

http://www.tattooartfest.fr/


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